Pour la première fois, les réseaux sociaux sont la principale source d’information des individus de la tranche d’âge 18-24 ans, devant la télévision. Le Reuters Institute for the Study of Journalism a publié son rapport annuel, basé sur les réponses de 50'000 personnes dans 26 pays. Très fouillé, très complet. Il est à mettre en parallèle avec d’autres études.

Premier constat: la mobilité a pris le dessus. Les informations sont majoritairement consultées sur des smartphones ou des tablettes.

Deuxième constat: les réseaux sociaux tiennent le haut du pavé, par leur immédiateté et leur structure de partage.

Troisième constat: les éditeurs cherchent encore une manière de financer l’information distribuée.

Quatrième constat: la réalité virtuelle fait partie intégrante de la vie des joueurs, elle va devoir jouer un rôle dans les informations.

Cinquième constat: la tendance qui se dessine consiste à personnaliser le contenu en fonction de la personne, de ses habitudes et de celles de ses amis.

Sixième constat: pour cette personnalisation, aucun modèle ne rencontre la confiance du public.

Ce dernier point est important à plus d’un titre. Les chercheurs font un lien étroit entre l’indice de confiance et l’acte d’achat. Quand un utilisateur a confiance dans une marque, il achète plus volontiers un produit. Dans les médias, cette confiance ne se situe pas à un niveau très élevé. Les lecteurs, auditeurs, téléspectateurs, ont toujours une certaine méfiance envers les journalistes. Pourtant, ils ont conscience qu’ils en ont besoin et font la distinction entre les «hard news», politique, économie, enquêtes, et les «soft news», people, divertissement. Si les secondes ne sont pas trop fiables, cela importe assez peu, au contraire des premières, où la rigueur est de mise.

De même, lorsqu’on les interroge sur le choix que ferait un éditeur, ou un algorithme, des informations envoyées selon ses habitudes, le client aurait tendance à préférer l’algorithme. Toutefois, il y a une nuance: en règle générale, il y a une crainte de manquer quelque chose d’important. Si vous passez beaucoup de temps à consulter les rubriques sportives, vous allez avoir une majorité d’informations de ce genre qui arrivent sur vos supports préférés, smartphone par exemple. Or, vous avez peut-être envie de connaître les grands titres économiques, seulement de temps en temps, comme de savoir que la bourse baisse de manière anormale un jour. Tout le casse-tête des éditeurs est là: comment adapter le contenu à l’utilisateur, tout en ne le rendant pas trop étroit afin qu’il n’ait jamais l’impression qu’on ne lui a pas fourni en temps réel une news importante.

Pour finir, le défi le plus grand reste économique. Il est coûteux de générer de l’information. Qui va payer? La solution va peut-être venir de l’industrie du jeu. Elle engrange des milliards simplement parce que les joueurs sont d’accord de débourser quelques sous pour progresser et augmenter leur plaisir. Cette manière de faire incitera peut-être les mêmes personnes à accepter de payer pour avoir un ensemble d’informations qui leur convient.

En France, le cas particulier de Mediapart mérite d’être relevé. Ce site est payant, il a dépassé la barre des 100'000 abonnés. Le fait qu’il ait sorti plusieurs scoops politiques, qu’il n’ait pas de publicité a convaincu ces lecteurs.

Gil Egger, président

http://reutersinstitute.politics.ox.ac.uk/sites/default/files/Digital-News-Report-2016.pdf